
Un week-end exquis au V de Vaujany
Il y a des hôtels qui cherchent à impressionner. Et puis il y a ceux qui préfèrent accueillir. Le V de Vaujany appartient clairement à cette seconde catégorie. Un lieu qui ne cherche jamais l’effet, mais qui installe immédiatement une sensation de justesse. Comme ces maisons de montagne où l’on sent, dès les premières minutes, que quelque chose d’important s’est transmis de génération en génération.
Ici, tout commence précisément par une histoire de famille.
Depuis plus de 150 ans, la famille Aveque entretient un lien profond avec Vaujany, ses reliefs, ses saisons et sa mémoire. En rénovant l’ancien hôtel du Rissiou pour lui donner naissance sous la forme du V de Vaujany, elle n’a pas simplement créé un hôtel quatre étoiles. Elle a prolongé une histoire locale avec une élégance rare : celle qui consiste à moderniser sans effacer. Et cela change tout. On le ressent immédiatement dans l’atmosphère du lieu. Le V possède quelque chose d’habité. Quelque chose de sincère. Ici, la montagne n’est pas un décor marketing. Elle fait partie de l’ADN du lieu.
Le V, comme Vaujany… et comme vue
Le nom lui-même raconte déjà cette relation intime au territoire.
V comme Vaujany, évidemment.
V comme cette silhouette immense dessinée par deux sommets face à l’hôtel, que les anciens observaient autrefois au coucher du soleil pour prédire la météo du lendemain.
V comme vue, aussi. Car la vue ici agit presque comme un personnage supplémentaire.
Depuis les chambres, les terrasses ou le bain nordique, le massif des Grandes Rousses déploie sa puissance minérale avec une forme de calme majestueux. La cascade de La Fare semble suspendue dans le paysage. La vallée de l’Eau d’Olle s’étire sous la lumière changeante de la montagne.
Le regard est absorbé. On regarde longtemps. Beaucoup plus longtemps qu’on ne l’aurait imaginé.

Un refuge contemporain au cœur des Alpes
Le V réussit ce que peu d’hôtels alpins parviennent encore à offrir : une véritable sensation de refuge contemporain. L’architecture conserve l’esprit montagnard, avec goût, sans tomber dans le folklore. Bois brut, pierre, matières épaisses, éclairages doux… tout semble pensé pour ralentir le corps et apaiser le regard.
Dans la chambre, le silence devient presque palpable. On ouvre les rideaux tôt le matin uniquement pour voir la lumière glisser sur les reliefs. Puis on finit par se recoucher quelques minutes, simplement pour prolonger cette sensation de calme absolu.

Spa, bain nordique et lâcher-prise
Et puis il y a le spa, idéal pour ponctuer le séjour de pauses bien-être. Quoi de plus ressourçant que le contact de l’eau ? Parfaitement dimensionné, le spa conserve un côté intimiste tout en donnant accès aux bienfaits d’un sauna ou d’un hammam.
Le bain nordique extérieur possède quelque chose de profondément hypnotique. Immergés dans l’eau chaude pendant que l’air vif de la montagne enveloppe le visage, nous avons cette impression étrange d’être coupés du monde sans jamais nous sentir isolés.
Le massage sportif qui suit mérite d’être salué pour ce qu’il est réellement : un vrai soin de récupération, précis, profond, intelligent. Pas un massage de catalogue destiné à cocher une case bien-être. Ici, les tensions se dénouent vraiment. Le corps redescend. L’esprit aussi.

IDA, une table gourmande entre montagne et Méditerranée
Puis vient le soir. Et avec lui, l’une des très belles surprises du séjour : le restaurant IDA.
Là encore, tout part d’une histoire de famille. Le restaurant porte le prénom de la grand-mère de la famille Aveque, figure profondément attachée à Vaujany. Ce simple détail dit beaucoup de l’esprit du lieu : ici, l’hospitalité n’est jamais un concept marketing. Elle relève presque de la transmission.
La salle, enveloppée de bois, de lumières basses et de matières chaleureuses, installe immédiatement une sensation de confort. On s’y sent bien avant même la première assiette. Quelque chose de feutré, de sincère, presque de domestique au sens noble du terme.
En cuisine, une nouvelle énergie souffle aujourd’hui sur IDA avec le duo formé par Margot Malivoire et Sabrina Messamer.
Leur parcours respectif raconte déjà une histoire de passion, de transmission et de rencontres. Margot grandit sur le bassin d’Arcachon avant de faire ses armes pendant cinq années à Lyon au sein d’un bouchon appartenant au chef Christian Têtedoie. Elle y acquiert les fondamentaux d’une cuisine française exigeante et généreuse. Son chemin la conduit ensuite dans un restaurant provençal spécialisé dans les produits de la mer, avant de prendre les commandes des cuisines d’une péniche amarrée au pied de la Tour Eiffel. Depuis 2025, elle accompagne différents établissements en tant que cheffe consultante pour Origine Hospitality.
Sabrina Messamer suit quant à elle un parcours plus atypique. Née en Algérie puis installée à Marseille dès l’âge de sept ans, elle se destine d’abord à l’univers artistique et obtient une licence en Arts avant d’opérer une reconversion vers la gastronomie. Elle débute comme pâtissière sur la même péniche parisienne que Margot, avant d’élargir son terrain d’expression en rejoignant les cuisines d’un restaurant situé à proximité de l’Arc de Triomphe. À son tour, elle rejoint Origine Hospitality comme consultante culinaire.
À Vaujany, les deux cheffes trouvent un terrain d’expression à leur image : libre, créatif et profondément ancré dans le plaisir de recevoir. Leur cuisine conjugue technique, sensibilité et gourmandise, avec une attention particulière portée aux produits frais, aux saisons et à la générosité des saveurs. Loin des démonstrations inutiles, elles privilégient une approche sincère où chaque assiette raconte une histoire et invite au voyage.
Chez IDA, tout est fait maison. Les produits frais arrivent des producteurs locaux ou du marché au fil des saisons. Et cela se ressent immédiatement dans l’assiette. Les saveurs sont franches, lisibles, vivantes.
Ce qui séduit surtout, c’est cette rencontre permanente entre deux univers : la montagne et la Méditerranée. Le carpaccio de gambas part à la rencontre d’une réduction de génépi, d’une tatin d’échalotes et d’une crème de raifort. Le bar rôti se met au vert avec ses asperges croquantes et sa sauce vierge aux petits pois.
D’un côté, les reliefs alpins, les herbes, les produits de terroir, les textures réconfortantes. De l’autre, une mémoire méditerranéenne plus solaire, plus iodée, héritée de leurs longues années passées dans le Sud de la France.
Cette double identité donne naissance à une cuisine à la fois précise et généreuse, technique mais jamais froide.
Les jus sont profonds et parfaitement assaisonnés. Les cuissons remarquablement maîtrisées. Rien n’est bavard. Rien n’est décoratif.
Et surtout, il y a ce plaisir immédiat que tant de tables contemporaines semblent parfois oublier au profit du concept.
Le dîner s’étire doucement dans une ambiance cosy où règne une belle chaleur conviviale. Autour des tables, les conversations se déploient, les convives autour de nous partagent un beau moment et ça se voit ! La montagne disparaît peu à peu derrière les vitres pendant que les assiettes continuent de raconter cette rencontre délicate entre altitude et Méditerranée.
Nous quittons la table avec cette sensation précieuse d’avoir vécu un vrai moment de gastronomie. Pas seulement un repas.

Un réveil gourmand face aux sommets
Le lendemain matin, le petit déjeuner agit presque comme une scène supplémentaire du voyage. Viennoiseries encore tièdes, pains croustillants, produits locaux, fruits impeccables, charcuteries et fromages de montagne, œufs préparés minute… Ici, le buffet ne cherche pas la quantité spectaculaire mais la qualité réconfortante et rassurante. On se régale !
On prend le café ou un thé, tout en subtilité de la collection Mariage Frères, lentement face aux sommets et on rêve à un petit-déjeuner qui s’étire, s’étire sans fin, comme nos premiers mouvements au saut du lit.

Déjeuner en terrasse au IDA BAR
Puis vient le déjeuner en terrasse au IDA BAR. Confortablement installés, les verres scintillent sous les reflets du soleil, bien de la partie, tout comme l’appétit. On se laisse tenter par la salade du V, une romaine accompagnée de figues, noisettes, Tomme de Savoie, chips de jambon cru et sa vinaigrette au miel de montagne de l’Écrin. Les gnocchis au beaufort et ail noir font leur apparition et, dans le même temps, valser nos papilles. Pour terminer, un excellent nougat glacé à la fleur d’oranger ravit nos becs sucrés. Que bonheur !
Une parenthèse suspendue
Et c’est peut-être cela, finalement, la vraie réussite du V de Vaujany. Donner l’impression que tout est simple alors que chaque détail a été pensé avec énormément d’attention.
Le lieu ne cherche jamais à séduire à tout prix. Il préfère installer une émotion discrète. Une forme d’élégance silencieuse.
On repart avec cette sensation rare d’avoir vécu plus qu’un séjour : une parenthèse suspendue, profondément humaine, où la montagne retrouve enfin ce qu’elle devrait toujours être.
Un lieu qui nous ralentit suffisamment pour que nous recommencions à ressentir les choses.
Photos ©MagazineExquis

